Un Printemps à Tchernobyl

Cette bande dessinée d’Emmanuel Lepage fait suite à autre livre illustré sorti en 2008, « Les fleurs de Tchernobyl : Carnet de voyage en terre irradié », et est en quelque sorte son making-of.

Un Printemps à Tchernobyl - Emmanuel Lepage (Futuropolis, 2012)

Le récit s’ouvre sur un long périple en train qui mène l’équipe de dessinateurs de France jusqu’à Kiev. C’est l’occasion d’un rappel très approximatif du déroulement de la catastrophe de Tchernobyl
où faits et rumeurs se mélangent allègrement. Tout au long du trajet on voit également Emmanuel Lepage réviser son catéchisme : « La Supplication » de Svetlana Alexievitch.

Un petit aparté s’impose sur ce livre. Il s’agit certes d’un essai d’une qualité remarquable, dont la lecture ne peut laisser indifférent. Cependant il est important de comprendre que les monologues qui y sont rapportés, même s’ils dérivent d’entretiens réels, ont été lourdement réécrits pour servir l’ambition artistique de l’auteur. Des centaines de témoignages recueillis seuls les plus poignants ont été retenus, puis ceux-ci ont été modifiés, réarrangés et au besoin émaillés d’images très crues afin d’en accentuer l’effet dramatique. Les personnes interrogées sont authentiques, mais les récits qui leurs sont attribués ne le sont que très partiellement. Cette ambiguïté est bien sûre voulue et entretenue par l’auteur, mais on ne peut pas non plus parler de malhonnêteté puisque celle-ci n’a jamais prétendu avoir produit un travail d’enquête. Selon les propres mots de Svetlana Alexievitch, « ce n’est plus journalisme, mais de la littérature ».1 Il ne faut donc surtout pas prendre tout ce qui figure dans ce livre au pied de la lettre. Fin de l’aparté.

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  1. « Du bon et du mauvais usage du témoignage dans l’œuvre de Svetlana Alexievitch », Galia Ackerman et Frédéric Lemarchand, revue Tumultes n° 32-33, 2009 []

Coïncidences troublantes

The China Syndrome (Columbia Pictures)

16 mars 1979 : « Le Syndrome Chinois » sort dans les cinémas américains. On y suit une équipe de journalistes en reportage dans une centrale nucléaire qui deviennent par hasard les témoins d’un incident aux conséquences potentiellement désastreuses. Alors qu’ils veulent révéler l’affaire avec l’aide du chef de quart ceux-ci se heurtent vite à la résistance des directeur et gérant de la centrale qui complotent pour garder l’évènement secret. C’est notamment à travers ce film que le public américain entend parler pour la première fois du « syndrome chinois », un accident nucléaire théorique au cours duquel le cœur pourrait fondre et de manière très imagée s’enfoncer dans la Terre et la traverser pour ressortir aux antipodes.1

28 mars 1979, soit moins de deux semaines plus tard : le réacteur numéro 2 de la centrale de Three Mile Island, en Pennsylvanie, subit un grave accident qui mettra une bonne semaine à être maîtrisé. Les conséquences sanitaires seront heureusement très limitées voire inexistantes, mais en ouvrant la cuve des années après on s’apercevra tout de même que le cœur avait partiellement fondu.

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  1. Si on exclut Hawaï et l’Alaska les antipodes des États-Unis se situent en fait non en Chine mais en plein dans l’Océan Indien. Ironiquement les seules terres émergées qui se trouvent dans cette zone sont les Terres Australes et Antarctiques Françaises (îles Kerguelen, Amsterdam et Saint-Paul). []